Les instantanés à chaque nouvelle actualité musicale puis scénique d’un groupe comme U2 et leurs ressentis par les fans sont toujours et délicieusement les mêmes…
Anxiété, impatience, interrogations sur la nouvelle orientation musicale de son groupe préféré, les nouvelles compositions sont-elles à la hauteur des attentes ?
Bien évidemment, il y a la tournée qui s’annonce, mais l’esprit du fan n’est pas encore tourné vers ces échéances, tout à sa découverte du nouvel album fraîchement sorti dans les bacs. C’est en vérité seulement après quelques semaines et cette soif de nouveauté assouvie, que l’on oublie peu à peu et provisoirement l’objet discographique pour se pencher sur les futurs évènements « live » du groupe.
Une tournée mastodonte s’annonce donc. Quelle en sera la thématique ? Les nouveautés seront-elles vraiment révolutionnaires comme l’annonce le groupe ? Le ton de l’album bien restitué, etc… ? Quels seront surtout les titres joués, nouveaux certes, mais au fur et à mesure sans y paraître les préoccupations (légitimes) ne se monopolisent plus quasiment que sur ce qui va plutôt être « performé » dans sa globalité, … cette fameuse Set List. Quels standards vont être proposés, revisités, surtout quelles seront les quelques pépites toutes droites sorties du back catalogue, qui seront exhumées devant nos yeux ébahis ?
Le 360° Tour en cours, nous a déjà fait traverser toutes ces humeurs et sensations communes à beaucoup. Qui plus est une tournée 2009, assez peu reliée dirons-nous avec le nouvel album, un vague sentiment que “ peut être ” U2 s’embourgeoise un peu plus, ne fait pas confiance tant que cela à ses nouvelles compositions, se doit d’assurer la plus large audience possible autour de titres fédérateurs, fait craindre que cette nouvelle tournée soit paradoxalement d’un assez faible soutien à ce solide « No Line On The Horizon ».
Et pourtant, pourtant… depuis ces premières semaines de tournées européennes, la question ne pose déjà plus, ne fait plus débat, ni polémique. En effet, les incertitudes à ce sujet sont balayées, à un point que plus personne quasiment ne s’astreint à revenir, analyser une réussite manifeste et loin être évidente de prime abord. Pourquoi ? Car l’album « No Line On The Horizon » et ses titres joués au cours de ce 360° Tour sont tout simplement une composante majeure et une réussite réelle dans le scénario des concerts 2009.
7 titres sur 11 que comprend l’album sont intégrés à la Set List et ce quasiment chaque soir. A peu de choses près la même proportion que les tournées précédentes certes, mais non négligeable pour une tournée assumant une référence éloignée de son album support. Sur un total de 22 à 23 titres déroulés chaque soir, ce ratio autour du tiers de nouveauté est plus que respecté. Pour conclure sur ces éléments « quantitatifs », U2 joue le jeu et n’a pas (encore) transformé sa nouvelle tournée en un vaste retour en arrière en forme de 360 degrés, regard « Greatest Hits » sur sa carrière.
Non rien de tout cela, nos exigences artistiques et de renouvellement (malgré leurs grands âges…) sont comblées. Alors si cet aspect quantitatif est respecté, c’est qu’il doit bien y avoir quelques réalités qualitatives sur ses mêmes compos en condition live !
Effectivement, des titres taillés pour les stades, solides, efficaces, complexes et directs à la fois. Ceux-ci semblent déjà atteindre leur but et si des doutes peuvent surgir sur l’opportunité de maintenir dans leurs formes connues (voire trop) certains tubes ou encore quelques titres plus rares à travailler encore quelque peu (qui a dit « Electrical Storm » ?), je n’entends peu ou pas de critique sur le cru 2009.
U2, s’il n’a pas la souplesse d’un « E Street Band » en live (n’est pas le « Boss » qui veut), n’a par contre aucun complexe à démarrer pied au plancher avec pas moins de 4 nouveaux titres alignés l’un après l’autre et ce sans faillir depuis la toute première date à Barcelone ! » Breathe », « No Line The Horizon », « Get on your boots », « Magnificent » sont systématiquement les morceaux de bravoure proposés en ouverture de show. Et si quelques-uns d’entre eux ont été souvent répétés, testés pendant les apparitions promo du groupe au printemps dernier, ils n’ont rien perdu en fraîcheur de ce qu’ils y ont gagné en solidité.
L’ouverture du show avec « Breathe » (toujours la meilleure chanson de l’album d’après Bono), l’entrée en matière progressive de Larry Mullen Jr, puis d’Adam Clayton et The Edge, enfin en apothéose celle de Bono Vox, confirme tout le bien que l’on pouvait penser de ce morceau épique.
« No Line On The Horizon », confirme lui pour sa part être l’ovni de l’album du même nom, et c’est un Bono rageur, accroché comme un mort de faim à sa gratte légendaire, qui achève de nous convaincre de l’opportunité d’inclure un tel morceau en live !
« Get On Your Boots », ce fameux premier single aux avis si mitigés, s’il ne sera jamais un « Vertigo » dans son approche uppercut et déjantée, n’en est pas moins un bon moment où toute la subtilité approximative « technoïdes bpm » de la version studio est balayée en live.
Enfin pour clore ce premier chapitre de nouveauté, le tant attendu « Magnificent » a un effet de résonance « Héroïc Stadium » manifeste. Ce titre n’est pas le pétard mouillé qu’a pu être en son temps « Miracle Drug », les promesses studio sont tenues en live et gageons que « Magnificent » devrait être une composante majeure des morceaux conservés sur les éventuelles prochaines tournées du groupe.
Après avoir débuté sur les chapeaux de roues cette première partie de concert tout à fait inédite et convaincante, le groupe revient sur des sentiers plus connus du grand public pour quelques titres, mais celui-ci souhaite de nouveau et rapidement surprendre au moyen de ce superbe titre prometteur figurant en bonne place sur le nouvel album, « Unknow Caller ». L’adhésion du public y est pleine et entière, en cela aidé intelligemment par une participation « karaoké » plus que suggérée par les écrans du 360° Tour. Certes, ce morceau est de temps à autre entamé par quelques interventions ISS (qui n’ont plus vraiment lieu d’être hormis la surprise du premier soir), il disparaît parfois, mais il ré-apparait le plus souvent pour le bonheur d’adeptes de plus en plus nombreux autour de ce message « positif ».
Venons en maintenant à ce « Crazy Tonight » version Remix. Quelle surprise d’avoir vu et entendu cette version dès le premier soir, honnêtement qui s’attendait à un tel résultat ? Quasiment personne, et si bon nombre de doutes légitimes pouvaient être énoncés sur la version originale qui nous connaissons tous, l’effet fut dévastateur quant à cette version « Will I Am ». U2 est méconnaissable, revient à ses années « Pop », où comment le 360° Tour s’invite à une fiesta digne des meilleures pistes de danse d’Ibiza ! Un moment phénoménal, mais hélas, hélas, … pas de « Discothèque » à l’horizon pour enchainer ; non… pas une ligne de ce titre mal aimé qui tendait pourtant les bras à cet allumé « Crazy » !
Nous accélérons sur quelques épisodes incontournables de U2 en concert pour aboutir et finir sur un moment de grâce avec un ultime nouveau titre, « Moment Of Surrender ». Personnellement j’attendais une autre conclusion des shows 2009, j’étais même un des plus fervents… sceptiques sur cette chanson et pour tout dire zappait systématiquement ma plage 3 du nouvel album. Oui, j’aurais espéré un épilogue en forme de « Love is Blindness » ou quelques chose dans le ton. Les premières versions live de « Moment Of Surrender » ne m’avaient pas convaincu non plus, et je ne cachais pas mes douces critiques à son premier fan en la personne de Cyril ;-). Oui, ce dernier extrait semblait bien être le maillon faible de cette tournée et du nouvel album.
Mais c’était sans compter sur l’obstination et la persévérance à s’améliorer du combo. Soirée après soirée, cette composition gagne en substance, s’affirme pour aboutir au ton voulu selon moi par le groupe pour ses fins de concerts, un style tout en arabesque et volutes autour d’un morceau complexe à l’origine.
L’ensemble des titres de « No Line On The Horizon », s’ils affirment leurs performances intrinsèques sur scène, s’inscrivent aussi et se fondent merveilleusement avec les autres moments forts du concert. Il est même indéniable qu’il existe une réelle connexion entre eux et les titres d’un autre album fameux produit par le même Brian Eno il y a plus de 25 ans, l’atmosphérique « The Unforgettable Fire ». Connexion à nouveau avec un autre album mis en lumière cette année, où comment la limpidité et la clarté de « All That You Can’t Leave Behind » (tiens? Encore Eno) s’imprègne des ambiances dépouillées et à la fois sophistiquées du millésime 2009.
Au final, si la tournée est loin d’être achevée, elle développe déjà un parfum inimitable (où beaucoup d’entre nous… parmi les fans assidus s’entend… s’y retrouvent, et veulent toujours plus y retourner…), nous le devons pour une bonne part à cette faculté d’avoir réussi la transition sur scène de ce « No Line On The Horizon ». L’on se plait d’ailleurs à imaginer ce qu’aurait pu devenir sur cette même scène, les « White As Snow » et autres « Fez », passons….
Alors pourquoi diable être allé chercher ou plutôt s’être fait imposer un pareil nom de tournée par Live Nation ? Un détail après tout, mais ce « non baptisé » « Horizon Tour » aurait pu avoir de la gueule dans ses moindres détails avec un tel contenu et au sein d’un si « magnificent » écrin.
Discussions
52 commentaires ont été publiés pour cet article.
Ajouter un commentaireTu es un peu dur malgré le fait que je pense qu’il y est moins de risque qu’à une époque, mais je trouve personnellement cette tournée nettement mieux que la precedente… Et pis regarde Crazy, là ils ont pris un risque !!
Ok pour l’ISS, mais bon la forme circulaire est sympa avec une scene qui fait le show peut-etre trop par rapport au groupe que je sens serein !
J’ai souvenir à Milan que le groupe jouait pour l’arrière aussi, ils ne le font plus ou moins ?? Larry ne tourne plus non plus sa batterie sur Pride ?
Pour ma part, je trouve un peu excessif la présentation de l’interprétation live de No Line On The Horizon. Sur l’album, le titre est extra. En live, je trouve que Bono n’est jamais à la hauteur. C’est d’ailleurs un constat valable pour la plupart des morceaux. Il est clairement en dessous de ce qu’il peut livrer habituellement.
Parfois on a mal pour lui. On voit qu’il galère bien à sortir certaines notes. Il commence vraiment à s’essoufler.
Et puis, la tournée 360 est finalement un concept survendu. On s’interroge toujours sur l’utilité d’une pince qui a nécessité le sponsoring de Blackberry. On s’interroge sur l’intéret d’une scène « circulaire » lorsque l’on constate que le groupe joue uniquement pour les gens d’en face. On peut s’interroger également sur ces coups de fil donné à une station spatiale pour leur raconter au final pas grand chose…
Il est loin le temps où le groupe se cassait la tête à rechercher la manière la plus adaptée pour jouer certain de ses titres. Bullet the blue sky, Please, Staring at the sun, Where the streets have no name, With Or Without You sont quelques exemples de titres qui avaient subit des mutations pour coller parfaitement aux différentes tournées. Sur cette tournée, on a droit à de parfaites copies de la version CD (mis à part la voix de Bono qui est beaucoup moins arrangée).
Bref, j’ai peur que cette tournée soit finalement celle de trop.
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