Tous les fans qui suivent U2 depuis de nombreuses années pensent qu’avec eux tout peut arriver. Cette conviction, massivement soutenue par Bono, s’est nourrie au fil d’une longévité exceptionnelle, d’albums ambitieux et de tournées toujours plus grandioses. Mais dans les faits, où U2 se situe-t-il sur le plan de l’innovation ?
Depuis le Zoo TV Tour, ses écrans, ses trabants, ses messages subliminaux et le PoPMart Tour, son arche jaune, son écran super géant, son citron boule à facettes, et sous le fallacieux prétexte d’une quasi banqueroute, le groupe est revenu à une sobriété ultra maîtrisée impliquant – malheureusement – une nette chute créative.
Que l’on se rassure, il n’est ici pas question de musique. L’essentiel diront certains et ils n’auront sans doute pas tort, mais pour un groupe ayant bâti sa carrière sur ses performances live et son prétendu lien indéfectible avec ses fans, il faut admettre que U2 assure un service minimum.
Mais de musique parlons-en tout de même puisque les évènements sont liés.
Au sortir de 1997, le groupe vit très mal un relatif échec de l’album Pop (8M d’exemplaires écoulés tout de même) et sort d’une tournée avec une cohésion affaiblie. Le PoPMart Tour ayant été très mal, et trop vite, préparé, le concept n’est pas compris et le groupe se sent dépassé par l’extravagance de son architecture. Il faut revenir à des choses simples, accessibles, quitte à laisser en route les concepts ainsi que son principe même.
Suivront deux albums plus épurés et deux tournées à l’efficacité redoutable mais dénuées de la moindre surprise, U2 ne s’appuyant plus que sur sa formidable capacité à se dépasser en concert. Ce n’est déjà pas si mal, sauf pour un groupe qui se prétend avant-gardiste !
No Line On The Horizon, sorti en ce début d’année, pouvait changer la donne. Le groupe s’est donné de nouvelles ambitions et a livré au public un album dense, complexe et possédant une véritable cohérence permettant d’ouvrir une ère live à nouveau surprenante. Pourtant, et ce n’est là qu’un pressentiment, vague mais prégnant, ce U2 360° Tour semble être déjà bien loin des attentes survenues aux lendemains du 27 février. Un tel malaise est-il justifié au regard d’un partenariat douteux, d’une mise en vente chaotique, d’un nom fade, d’un concept bâtard, de prix exorbitants et d’un nombre de dates et de pays visités limités ? Oui, même si évidemment tout cela ne demande qu’à être démenti dès le 30 juin.
Là où U2 surenchéri sans s’en donner les moyens
A la limite, tout cela pourrait passer pour un compréhensible essoufflement si les membres du groupes, management compris, n’avaient une langue trop pendue.
Revenons en arrière.
U2 & Apple, une association sans lendemain2004. En concluant un partenariat de premier plan avec Apple et en s’assurant une promo de tous les diables pour Vertigo, Bono annonce fièrement la stratégie commune de son groupe et de la société de Cupertino. Ainsi en 2005, nous allions pouvoir télécharger tous les concerts de U2 via le iTunes Music Store. A ce jour cela n’est jamais arrivé. En revanche Depeche Mode pour ne citer qu’eux, le propose depuis déjà deux tournées et plus récemment Coldplay vient quant à lui d’offrir gratuitement un album live à ses fans.
2005, au moment où le Vertigo Tour se lance sur les routes, Paul McGuiness (celui-là même qui de vive voix le 28 mars 2005, nous annonça que le concert de Nice serait très spécial) annonce que U2 fera un concert « sur la mer » à Rio de Janeiro. A ce jour, cela n’est jamais arrivé. En revanche les Rolling Stones ont offert, en 2006, un concert gratuit aux brésiliens sur les plages de cette même ville. U2 s’est contenté de sa configuration habituelle, et payante, même si de l’aveu de tous, les shows étaient exceptionnels.
2008, alors que le nouvel opus s’annonce, le manager de U2 et Bono avec lui, parle d’un nouveau partenariat d’envergure et annonce que le groupe développera son album sur de nombreux supports afin de lutter contre le piratage. A ce jour, rien d’exceptionnel n’est arrivé. La déclinaison de l’album en 5 éditions différentes étant même une escroquerie de la pire espèce quand on constate la différence offert par Depeche Mode (encore eux) et leur coffret « deluxe ». Là où U2 propose une « œuvre » d’Anton Corbijn à mourir d’ennui, les anglais se montrent au travail durant 2h, proposent des remix, des faces B, bref un vrai coffret soigné pour les fans qui dépensent tout de même 55euros.
2001/2005/2009, des tournées restreintes. U2 fait de jolis discours et prône de belles valeurs humanistes mais quand vient l’heure de planifier la tournée, tout cela s’efface devant l’impératif économique et une frilosité de plus en plus apparente. Là où à nouveaux tous les autres groupes de rock commencent à explorer de nouveaux territoires, U2 se contente d’une prise de risque minimale pour un retour sur investissement maximum. A l’exception de la surprise Zagreb, les irlandais ignorent l’ouverture à l’est et même vers la méditerranée. Pire même, ils suppriment des pays tel que la Belgique ou la Suisse qui leur ont toujours été fidèles. Arguer d’une tournée estivale raccourcie n’est qu’un pâle argument soulignant l’amateurisme avec laquelle elle s’est annoncée.
2004 et 2009, des producteurs rassurants. Chris Thomas avait commencé le travail pour How To Dismantle An Atomic Bomb, mais le groupe, sentant quelques failles dans son travail prend peur et rappelle le brave Steve Lillywhite pour boucler un album dont la multiplicité des producteurs fera perdre à l’ensemble sa cohérence.
Aux toutes premières sessions de No Line On The Horizon, c’est le producteur le plus doué et recherché du moment, Rick Rubin, qui est envisagé pour superviser les nouveaux enregistrements. Mais le barbu américain demande à U2 de modifier sa méthode de travail et de n’entrer en studio qu’une fois les chansons prêtes. Le groupe, sentant le défi trop incertain pour cette remise en question, se retourne vers Brian Eno et Daniel Lanois pour assurer un travail sans mauvaise surprise. Seul écart autorisé, la présence des deux producteurs aux crédits des morceaux comme compositeurs, une première dans la carrière de U2. Il en ressortira un album magnifique mais au prix, encore une fois, de la prise de risques.
2009, U2 360° Tour toujours. U2 fait sa campagne de promo avec des billets à 30€. Pourtant aucun spectateur, d’aucun pays du monde, ne payera ce tarif pour voir le groupe. Cet effet d’annonce, en plus d’être mensonger, cache des tarifs vertigineux pour des places souvent éloignées de la scène.
Dans la même veine, Bono annonce qu’ils feront un concert intimiste et grandiose (oui mon général, c’est possible !) avec des techniques jamais vues auparavant et une mise en scène inédite. Accordons lui qu’une scène censée faire 360° mais placée en bout de stade, c’est en effet une première, la question demeure cependant, pourquoi ne pas simplement avoir fait une scène centrale ? Le design de « The Claw » pouvait s’y prêter à merveille.
De fans conquis en fans acquis
Et puis enfin, plus sournoisement, il y a cet espèce de mensonge, qui n’en est pas un, cette espèce de croyance que l’on fait passer aux fans et qui consiste à dire que tout peut arriver à un concert de U2.
U2 et son public, un amour réciproque ? Il est temps de tordre le cou à cette hérésie ! A un concert de U2, vous pourrez prendre votre pied, perdre la tête, communier avec le groupe, peut-être même avoir un orgasme pour les plus émotifs, mais une chose est certaine, de surprise, il n’y en aura pas, tout simplement parce que le groupe n’en est pas (plus ?) capable.
Si l’on excepte cette sortie de route au soir du 6 août 2001 à Anvers, les irlandais maîtrisent leurs concerts comme des horlogers suisses. Ce qui peut trouver bien des légitimations, mais certainement pas dans celles invoquées par Bono lorsqu’il prétend que leur mise en scène est compliquée ou qu’il a besoin de maîtriser parfaitement sa setlist pour être dans son personnage. Ou alors on ne parle plus de rock’n roll mais d’un film musical dans lequel U2 n’est absolument plus conditionné par le public qui le supporte et le pousse. Cela serait bien décevant, non ?
La rigidité des setlists, souvent moquées dans ces pages, est symptomatique d’un groupe déconnecté des réalités technologiques et plus préoccupé par le grand public que par ses fans. Désireux d’offrir l’exact même concert aux spectateurs de Charlottesville qu’à ceux de Katowice, U2 se fait fort de figer sa liste de morceaux et même leurs déplacements scéniques. Quelqu’un leur a-t-il parlé de cette étonnante découverte que l’on appelle « l’internet » et qui permet aux personnes du monde entier de suivre en direct, vidéos, photos et musiques à l’appui ce que font leurs artistes favoris à l’autre bout de la planète ? Ne pas prendre cela en considération c’est vivre avec des œillères et se conforter dans facilité dont le spectacle fini par pâtir. Comment imaginer que le groupe soit aussi motivé quand tout s’enchaîne précisément pareil après plus de vingt concerts ? Il y a forcément de la lassitude, quoiqu’en pensent les vrais fans que nous n’avons pas la prétention d’être.
Si le titre de cet article se veut volontairement provocateur, la véritable imposture est pourtant bien là, dans ce rapport qu’entretient U2 avec ses fans. Que l’on se rassure, ceux-ci seront toujours reçus poliment, Bono posera pour les photos, fera des bisous, multipliera les pains au besoin mais il est un fait qu’il faut s’avouer, U2, l’entité, se moque copieusement d’eux.
Quelle initiative, quel objet, quelle marque d’attention pourrait certifier sans l’ombre d’un doute que leurs fans comptent pour eux ? La loterie pour accéder à l’ellipse en 2005 ? Des places proches de la scène mises aux enchères en 2009 ? U2 aime certainement ses fans mais ne s’en préoccupe pas, jamais.
Et si le groupe travaille tant à ses albums et est tant obsédé par les classements mondiaux, ce n’est pas pour bomber le torse auprès des fans du monde entier, mais bien pour élargir et rajeunir son public. Démarche bien compréhensible s’il en est et qui leur permet certainement une telle longévité, mais justifie-t-elle d’ignorer à ce point ceux qui les suivent depuis plus ou moins longtemps et accordent à leur musique plus d’importance qu’un simple album vite acheté, vite oublié ?
U2 fait croire que tout peut arriver, que tout est possible, peut-être même le pensent-ils vraiment en leur fort intérieur, pourtant, à bien y regarder, nous sommes loin du compte.
Discussions
108 commentaires ont été publiés pour cet article.
Ajouter un commentaireArticle assez perspicace et toujours d’actualité en 2020..
@ ce site et bidon : heu… a force de critiquer tout le monde ta perdu le fil de ton message. Quand tu dit « »comprenne qui pourra » » ça doit s’adresser a toi même,je pense que ta rien compris a se que tu raconte.
C’est certain que sur ce site « rien ne peut arriver »
Que faites vous pour faire avancer les choses ?
Critiquer ? se moquer ? Parler d’un boulon mal vissé ?
Aucune légitimité a ce site qui critique Nice 2005 et qui ne se rendra pas a Nice 2009.
Un site de fan qui ne se rend pas a New York, a Dublin, a Nice ou encore Miami..
ne peut pas être un site pour les fans.
Un détail vous a immanquablement échappé.
Un site qui ne se reconnaît pas dans un groupe dont il se fait fan …
c’est la raison sociologique pour laquelle la curiosité vaut le détour
Alors oui, un passage par votre site attise cette curiosité malsaine
du voyeurisme.
Mais comment ils font ?
c’est pas possible ils ont pas dit ça quand même ?
Mais pourtant ils passent du temps sur ce site, ils doivent fan !
alors comment peuvent ils ne pas comprendre a ce point le groupe ?
pourquoi le critique t ils au point de non retour ?
comment vont ils faire pour se retrouver a un concert en disant :
“moi je viens a chaque tournées”
Voilà, votre site est malsain et attise la curiosité malsaine.
Comprenne qui pourra.
J’avais déja poster une setlist sur un autre article mais j’ai réfléchis et voici une set list qui serrais cool :
– Intro : Get on your boots (THE FUTURE NEED A BIG KISS !!!)
– Magnificent (pourrais aussi être en intro avec la basse)
– Vertigo
– No line on the horizon
– Elevation
– I’ll Go Crazy
– Sunday Bloody Sunday
– Breathe
– Until the end of the world
– Stand Up Comedy
– Zoo Station
– Where the street have no name
– The Electric Co.
– Unknown Caller
– Even Better thans the real thing
– Pride
– Lemon
– Bad
– Miracle Drug
– Acrobat
– Desire
– White as Snow
En parlant d’innovation, voila ma set-list (faut bien rèver un peu):
-Intro:Fez (avec entrée des des membres du groupe a travers la foule des quatres coins du stade)
-Live:Being born
-No line…
-Vertigo
-I will follow
-Stand up…
-Luminous times
-Moment of surender
-One
-Exit
-Get on your boots
-Discothèque
-The fly
-Until the end…
-Mysterious ways(version U2 Go Home)
-Zooropa
-Unknown caller
-White as snow
-Where the street…(version ballade.Elle n’existe pas encore)
-Magnificent
-Pride
-Gloria
-Sunday…
-The electric co.
-Elevation
-Acrobat
-Breathe
fez being born! Une merveille cette chanson!!
Je veux un rappel qui commence par les let me in the sound….
une petite question hors sujet : j’ai commandé sur ticketnet.be, je devrais bientot recevoir les billets normalement (j’espère en tous cas ^^) mais ceux qui ont commandé sur ticketnet.fr ont-ils reçu qqch ? juste pour info
@sebsystem: en 2001 ils ont jouer a bercy. ça reste un de mes meilleurs souvenirs et pourtant c’est la seule fois que je les ai vu dans une salle.
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