On se l’était dit en 2005 : la prochaine fois on irait à Chicago. Une ville que nous ne connaissions pas et dans laquelle U2 donnait toujours des concerts hors-normes.
Une vieille promesse
Quatre ans plus tard, on se devait de tenir parole. Heureux hasard, Chicago est choisie comme ville d’ouverture pour la tournée américaine. Après Barcelone en Europe, U2 n’a pas choisi la facilité et commence d’entrée par du très lourd. Nos places de concert achetées, Cyril ne peut finalement plus venir, un problème de date un peu malchanceux. Pas grave, je pars quand même. Deux semaines de vacances dans l’ouest pour profiter de quelques parcs nationaux moins connus que je n’avais pas encore visités, et un final sur les bords du lac Michigan. Cinq jours pour voir U2, retrouver mon autre acolyte – Pascal –, et découvrir cette ville pionnière de l’architecture contemporaine.
La ville est superbe et agréable, imaginée autour du lac et de nombreux parcs, le temps est absolument parfait, le dollar n’est pas cher et la CB brûle les doigts. U2 est partout à la radio, et tout commence vraiment le vendredi après-midi quand nous montons à l’observatoire du John Hancock Center. Ici, à près de 350 mètres de hauteur, le panorama sur downtown est inoubliable. Et là au loin entre deux buildings on distingue le stade, le Soldier Field, et cette flèche orange qui pointe dans le ciel. On y est, U2 est bien là, tout comme cette fameuse excitation qui revient à chaque fois.
Triste France
J’avais évidemment trouvé scandaleuse l’organisation des concerts de U2 au Stade de France, mais passer deux jours autour du Soldier Field a méchamment enfoncé le clou. On devrait manifestement s’adresser aux architectes américains quand il s’agit d’imaginer des bâtiments de l’ampleur d’un stade ou lorsqu’on conçoit nos plans d’urbanisme.
Le Soldier Field quelques heures avant U2.A Chicago quand on construit un stade, on le fait au milieu d’un parc, au bord du lac, et on prévoit de multiples allées entourées d’arbres et d’herbe pour que les gens puissent faire la queue confortablement.
A Chicago quand on organise un concert, on prévoit des toilettes en grand nombre, on s’arrange pour prévoir des activités pour occuper le public (même si celles-ci sont sponsorisées par Guinness, au moins elles existent), et on embauche même des gens pour s’occuper des files d’attente. Devrais-je dire de LA file d’attente, car ici on sait organiser une queue unique pour la fosse sans que cela ne dégénère en champ de bataille. Un cordon pour délimiter la zone d’attente, une surveillance pour éviter que des resquilleurs ne doublent tout le monde à dix minutes du moment fatidique, une ouverture par vague pour que les gens se dirigent tranquillement et sans courir dans le stade, ce n’est que du bon sens et du respect.
Il va sans dire qu’on se sent mieux que le long de l’autoroute à Saint-Denis. Et plus important encore : on a ici la place qu’on mérite dans la fosse. Bref, ce qui me semblait être simplement la normalité se révèle exceptionnel quand on vient d’un pays où l’incompétence et la suffisance régissent tout.
U2 frileux mais bien présent le premier soir
Aussi c’est sans la sensation d’avoir perdu sa journée et de s’être fait enfler par 5000 personnes qu’on accueille le groupe sur scène. Ça aussi, c’était une nouveauté pour moi cette année. Collé à la barrière de la fosse principale, légèrement décalé entre Bono et Adam, la place était parfaite pour profiter de ce premier concert. « Un concert d’ouverture », comme l’annonça Bono en début de show. Oui, une nouvelle tournée commençait ici à Chicago, dans le pays d’adoption du groupe. La pression était là, palpable, et U2 sans doute frileux préféra assurer. Un set standard, sans surprise, mais avec une fougue digne de l’Amérique, ce continent dans lequel les irlandais se métamorphosent à chaque tournée.
‘Streets’ fait toujours tourner les têtes.J’avais quitté un groupe robotisé et sans âme à Glasgow, j’ai retrouvé des êtres humains et une vraie sensibilité à Chicago. Ce n’était pas la première fois que je voyais U2 outre-Atlantique, je n’étais donc pas surpris de revoir enfin leurs vrais visages.
Le fan blasé que je suis venait ici pour ça, pour les frissons sur un « No Line » enfin repris en cœur par le public, sur un « Boots » bizarrement toujours affublé de son hymne européen en intro, sur un « Beautiful Day » toujours chéri par les américains, ou sur ce « Vertigo » de folie, sans doute le point culminant du concert. Ou pour les larmes aux yeux sur l’intro de « Haven’t Found » lorsque Bono présenta le reste du groupe. Un petit speech plein de complicité, d’humour, de passion, ou d’autodérision quand le chanteur se vanne lui-même à propos de son humilité naturelle. Les « Paris mon amour » du Stade de France sonnent cruellement fades et creux à côté de ces instants là. Des moments de plaisir simples et tellement contagieux qu’ils m’arrachèrent des larmes durant le reste de la chanson. Chialer sur « Haven’t Found » à mon vingt-deuxième concert de U2, c’est bien le signe que je suis définitivement foutu.
Et puis vint « Bad », inattendu et tellement bon. Mon premier cette année. Un titre qui aurait sa place plus souvent dans la setlist, alterné avec un « Pride » ou un « Sunday », tous deux usés jusqu’à la corde. C’était la cerise sur le gâteau d’un concert enthousiasmant, vécu à fond et sans arrière-goût.
Un second soir en forme de coup de pied au cul
Enthousiasmant oui, mais en fans expérimentés que nous sommes, nous savions que U2 en avait gardé sous la semelle et que le concert du lendemain pouvait valoir le coup d’œil. Même les répétitions de l’après-midi laissaient entrevoir de bonnes nouvelles. Installés en tribune, remarquablement placés, et avec le reflex dans le sac, le concert s’annonçait sous les meilleurs auspices. Mais rien n’est jamais sûr avec U2, et quand ils enchainèrent « Haven’t Found » à « Beautiful Day », on crut bien l’espace de quelques minutes être tombé dans une entourloupe fumeuse à la Paris 2005. Vous savez, le coup du « super le concert d’hier était vraiment génial, du coup on vous fait un concert au rabais ce soir pour vous remercier, merci vous êtes géniaux, on vous aime, on reviendra ».
Until The End Of The World et ses flashs lumineux.Honte à moi d’avoir pensé retomber dans ces travers. Ici c’est l’Amérique, on bouge la setlist, on mélange les titres, on vous balance « Your Blue Room » jamais jouée en concert jusqu’ici, on vous met du « Until » après « Unknown Caller », un petit « Stay » en acoustique à la pointe du catwalk, on a même les couilles de vous virer « Pride », et si ça vous suffit pas on vous change l’intro de « Streets » avec une transition sur « Amazing Grace » absolument amazing, c’est le mot.
Que dire de Bono qui en profita pour mettre le paquet, haranguant la foule, et s’offrant deux tours complets de la scène en courant. Ah ça fatigue mais qu’est-ce que c’est bon ! Même ce sacré Pascal a kiffé comme un néophyte, se retournant vers moi sur « Magnificent » en bredouillant ému « ils déchirent tout ce soir ». Et oui, c’est l’Amérique mon cher Pascal.
Ce second concert restera vraisemblablement comme l’un de mes meilleurs souvenirs de la tournée, principalement parce que j’avais devant moi le U2 que j’aime. Celui qui se défonce et qui ne se contente pas d’assurer ses standards pour le grand public. Le sentiment qui m’habite est un peu le même qu’en 2005 quand, blasé par mes concerts européens, j’avais fait un voyage new-yorkais jusqu’au Madison Square Garden. J’y avais pris une grosse claque, comme si j’avais vu un autre groupe sur scène, un groupe qui semblait avoir encore quelque chose à prouver. Les mêmes ingrédients étaient réunis cette année à Chicago. Bono l’a dit à demi-mot durant le concert : le peuple irlandais aime à penser qu’il a ne serait-ce que contribué au gigantisme des villes américaines et à leur skyline majestueuse. Une vision simpliste mais envieuse de ce pays qui a peut-être sa part d’explication dans la prépondérance que U2 semble octroyer au public américain.
Dans tous les cas, si je ne suis pas certain d’avoir vraiment envie de revoir U2 au Stade de France, il ne fait aucun doute que je retournerai les voir aux Etats-Unis. Et si ce n’est pas l’année prochaine ce sera dans quatre ans.
Discussions
171 commentaires ont été publiés pour cet article.
Ajouter un commentaireactarus
Posté le 2 octobre 2009 à 12:10
Bon ca fait 4 pour Paris Cool
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